Cazères, ville double

Écrit par R. Foch et G. Pradalié    28-02-2011

Cazères a grandi au confluent de la Garonne et de l’Hourride.

Son château, mentionné pour la première fois en 1139, appartient alors au comte de Comminges. Moins d’un siècle plus tard, il passe au comte de Foix, puis en 1245 au comte de Toulouse Raimond VII. Désormais il est, avec son agglomération, dans l’orbite toulousaine puis royale. En 1271 les quatre consuls de Cazères prêtent serment de fidélité au roi de France. La ville n’en continue pas moins à être une coseigneurie aux mains de grandes familles de la région comme les Montespan.

On ne connaît pas l’emplacement exact de ce premier château. S’élève-t-il sur l’éperon du confluent, à l’ouest de la Montjoie, auquel cas la rue du pont du Bourguet pourrait avoir emprunté son fossé ? Ou au sud de l’église, auquel cas le mur sud de la chapelle Notre-Dame, avec sa belle fenêtre géminée, pourrait lui appartenir ?

Le premier village fortifié de Cazères nait sous la protection du premier château. Il est petit : c’est la bilo barrado ou Petite barrade autrefois traversée par une rue centrale est-ouest : la « tranchée ». Il est pris et sans doute détruit par le fils de Simon de Montfort, Amaury, en 1219, ce qui donne l’occasion de le reconstruire en plus grand.

Cazères d’après le plan cadastral de 1825 (AD 31)

? Emplacements possibles du château médiéval

A  Eglise Sainte Quitterie

B  Château Renaissance

I Bilo barrado

II  Bilo enclosado

Une seconde agglomération, beaucoup plus étendue, se développe alors à l’ouest. Elle présente un quadrillage de rues géométrique caractéristique du XIIIe siècle.

Plus tard, au moment de la guerre de Cent Ans, de larges fossés défensifs sont creusés tout autour qui recoupent le quadrillage initial. Une muraille est construite dont il ne reste que deux portes, modifiées au XVIIIe siècle : au nord-est la porte de Mondavezan, à l’ouest la porte de Palaminy.

En 1362, au plus fort de la guerre entre le comte d’Armagnac et le comte de Foix, cette bilo enclosado fait l’objet d’un siège par Gaston Fébus : c’est du moins ce que rapporte le grand chroniqueur Froissart qui y fait étape en 1388. Les fossés sont comblés au XVIIIe siècle.

Une gargouille

Plaque apposée sur un pilier de la porte de Palaminy

CAZERIENSIS / URBIS / CONSILII IUSSU / NECNON CURA / MOLES ERECTAE

{Ces piliers ont été élevés sur ordre et par les soins du Conseil (municipal) de la ville de Cazères}

 

Cazères en 1835 d’après un dessin de Chapuy.

Au premier plan, la Montjoie.

Le château Renaissance vu de l’est.

Esquisse d’après Chapuy (cliché H. Ameglio)


Entre la bilo barrado et la bilo enclosado, un grand espace à l’emplacement de l’ancien fossé accueille la halle actuelle construite en 1904-1905.

La halle

Le semeur de la halle par Frédéric Tourte

SE BAILLI DE BOUN BLAD / BAILLAME DE BOUN PAN
{Si je vous donne du bon blé, donnez-moi du bon pain}

L’église Sainte-Quitterie qui n’est peut-être pas la première église de Cazères (Saint-Jean a pu la précéder) occupe la partie sud de la bilo barrado. Elle a connu, au cours du temps, plusieurs transformations. Sa façade, dont le portail remonte au XIVe siècle, est surmontée à l’origine d’un clocher-mur à huit baies encadrées par deux tours octogonales terminées par une flèche. Les flèches sont abattues en 1795. En 1886 il est décidé d’abattre aussi le clocher-mur et de le remplacer par l’actuel massif de l’horloge percé de deux arcades. A cette occasion, on rehausse les deux tours.

La façade de l’église avant 1795 

(reconstitution d’après Espagnat)

La façade de l’église aujourd’hui

La nef actuelle peut être attribuée à la fin du XVe siècle, comme en témoignent ses chapiteaux et ses clefs de voûte.

Chapiteaux de l’église (clichés H. Ameglio)

Clefs de voûte, dont celle du choeur portant le monogramme de Sainte Quitterie (clichés H. Ameglio)

Au nord, la présence d’une rue empêche alors d’élargir les chapelles entre les contreforts.

A l’est, au XIXe siècle, on construit d’autres chapelles pour allonger le chevet. Au sud, la vaste chapelle Notre-Dame, oblique par rapport à l’axe de la nef, pourrait avoir remplacé un édifice civil

(Le château ?) s’ouvrant sur la Garonne par une fenêtre géminée du XIVe siècle.

Fenêtre géminée de la galerie supérieure

(cliché H. Ameglio)

Son mur sud est doublé et renforcé en 1687 par trois puissantes arcades de briques qui supportent une élégante façade à deux galeries superposées.

L’église, les arcades et les galeries vues de l’autre côté de la Garonne.

A l’ouest de la chapelle Notre-Dame, la salle du Trésor abrite, entre autres :

une très belle cuve baptismale d’époque romane

 

 

et une Vierge en bois du
XVe siècle.

 

Parmi les édifices anciens de Cazères, il faut signaler la maison à pans de bois de La Case, ancien relais de l’abbaye de Montserrat (Catalogne) et le couvent des Capucins (XVIIe siècle) dont l’église, transformée en cinéma, s’ouvrait par un très beau portail et qui a conservé son cloître.

Le portail des Capucins

Le cloître

Longtemps Cazères n’a pas eu de pont. La première remonte à 1717 : il est en bois. Un pont de pierre le remplace en 1839 ; détruit par la terrible inondation de  1875, il est reconstruit en 1877.

C’est le pont actuel.

Quant au port, il a fonctionné jusqu’au XIXe siècle (Cf. Cazères et la Garonne sur ce même site), mais il a été noyé par la montée des eaux (4 m) consécutive à la construction du barrage de Labrioulette.

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