Le Volvestre avant l’Histoire

Écrit par S. Lacombe    17-08-2007

Tous les hommes de la préhistoire ne vivaient pas dans des grottes.

C’était au temps de la dernière période glaciaire (Würm, de  -80 000 à -10 000), quand les troupeaux de bisons, de rennes et de chevaux parcouraient les paysages steppiques de l’Aquitaine et des Pré-pyrénées, que la forêt ne colonisera que plus tard, durant le Postglaciaire. Dans cet environnement hostile, au climat rigoureux, les hommes du Paléolithique supérieur (de -35 000 à

-9 000 ans) se déplaçaient en petits groupes nomades, vivant essentiellement de chasse et se réfugiant dans les grottes et abris de la région, ou bien occupant de véritables campements  de plein air sous des tentes sans doute recouvertes de peaux de bête.

Depuis près de 14 ans, l’équipe de Margaret Conkey, professeur d’Anthropologie à l’Université de Berkeley (Californie) et de Sébastien Lacombe, son assistant, traque leurs traces sur les collines du Volvestre et du Couserans, entre la grotte du Mas d’Azil à l’est et de celle de Marsoulas à l’ouest près de la Garonne.

Margaret Conkey entourée de son équipe à Peyre (juillet 2007)

La couverture forestière et l’omniprésence de la prairie ne facilitant pas leur tâche, c’est essentiellement par la prospection dans les champs cultivés (comme des fenêtres d’observation du sous-sol) qu’ils recueillent patiemment les indices de ces campements du Paléolithique supérieur, dont près de 350 ont pu être recensés à ce jour. Tous ne sont pas des habitats permanents, comme l’ont démontré des fouilles dans les environs de Cassagne, Cérizols et Fabas. Certains apparaissent plutôt comme des haltes de courte durée, sans doute en liaison directe avec des épisodes de chasse spécialisée. D’autres encore sont à l’évidence liés à l’exploitation du silex, que l’on trouve en abondance dans les Pré-pyrénées, et qui était le plus souvent utilisé pour la fabrication des armes de chasse et des outils domestiques.

Des études spécialisées dans ce domaine démontrent d’ailleurs que certains de ces objets pouvaient être transportés sur de très longues distances, parfois 600 km.

Le tailleur de silex en action

Silex taillé … en juillet 2007

D’une façon générale, ces recherches mettent en lumière la complexité sociale et économique de ces groupes humains du Paléolithique supérieur, sans oublier leur parfaite connaissance de la géographie locale et de ses ressources (animales, minérales et sans doute aussi végétales). Au-delà, c’est sur une meilleure compréhension de la Préhistoire régionale qu’elles débouchent, notamment par la démonstration que les grottes et abris n’ont pas joué le rôle habituel qu’on leur attribue, tant les indices d’occupation de plein air apparaissent de plus en plus nombreux. Nul doute toutefois que ces groupes humains ont entretenu des rapports étroits avec le milieu souterrain ; mais la multiplication notable des figures ou symboles peints et gravés sur les parois des grottes pourrait renvoyer à un usage plus spécifique que celui de l’habitat.

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