Tourtouse l’épiscopale

Écrit par Ch. Miramont    17-01-2007

Autrefois possession des évêques de Couserans, Tourtouse conserve de précieux témoignages de son histoire, du XIIe au XVIIe siècle.

Tourtouse dans le Nord-Couserans est un village rattaché depuis la Révolution au canton de Sainte-Croix-Volvestre.

Une histoire ancienne

La première mention de Tourtouse, Tortoz, figure dans la bulle du pape Célestin III

(15 septembre 1195), adressée à Laurent évêque de Couserans, par laquelle il prend sous sa sauvegarde les biens de l’évêché. Tourtouse appartenait donc à une seigneurie épiscopale qui comprenait, outre la cité de Saint-Lizier, toute la partie amont de la vallée du Lens. Le château, l’église et un moulin existaient déjà.

Le château médiéval

Il s’élevait sur une barre rocheuse, une « roque », à l’intérieur d’un méandre de la rivière, d’où peut-être le nom de Tourtouse, du latin tortuosus : tortueux, sinueux. Le pédoncule du méandre au sud-ouest était sans doute barré par un fossé qu’un pont-levis permettait de franchir : il en reste un massif de maçonnerie. Du château médiéval subsistent aussi le tracé du mur d’enceinte, reconstruit plus tard, et les deux premiers niveaux du donjon quadrangulaire auquel on accédait, non par la porte actuelle, mais par une ouverture au premier étage, comme dans toutes les tours « romanes ». Le château était sous la garde d’un châtelain laïc, vassal de l’évêque. Ce fut pendant un temps un membre de la grande famille des Tersac-Gensac.

En 1256, l’évêque Nicolas fit hommage de sa seigneurie au comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers. A la mort du comte, cette seigneurie, et donc Tourtouse, passèrent avec tout le comté de Toulouse dans le domaine languedocien.

Les malheurs des guerres de religion

On retrouve des témoignages écrits sur Tourtouse au XVIe siècle, lors des guerres
de religion.
Fin juillet 1569, plusieurs colonnes de protestants commandées par Montgoméry traversèrent le Volvestre d’est en ouest en
le ravageant.
C’est peut-être à cette occasion que Tourtouse fut dévastée et son église incendiée, catastrophe qu’illustre le tableau du retable de l’église.

Par la suite et pendant un quart de siècle, en raison des incursions des protestants du Mas d’Azil et de Camarade, l’enceinte servit de fort-refuge à une population diminuée qui ne cultivait plus que les alentours du village.

Un évêque bâtisseur

Le relèvement de Tourtouse et son aspect actuel doivent beaucoup à l’évêque Bruno de Ruade (1622-1645) qui en fit sa résidence. Né à Paris vers 1579, il fut dans sa jeunesse page du Maréchal de Biron et fut blessé, en 1590, à la bataille de Vernon-sur-Eure opposant catholiques et protestants. Il fit ensuite ses études à la Sapience à Rome et obtint en 1608 le diplôme de docteur en philosophie et en théologie. A son retour à Paris, il entra à la Chartreuse de Vauvert. Mais loin de mener la vie austère des Chartreux, il fut introduit à la cour du roi Louis XIII qu’il espionnait pour le compte de son ami, le nonce apostolique Bentivoglio. Et c’est sur sa recommandation, que le roi le nomma, en 1622, évêque de Couserans pur ses vertus, mérites et grande doctrine.

Grand érudit, amateur de beaux meubles, il était à la fois un gros appétit et un fin gourmet auquel il fallait servir pas moins de six plats par repas, avec toujours un poisson et beaucoup de desserts… D’un tempérament autoritaire, il résolut dès son arrivée à Saint-Lizier, de réformer son chapitre ; cela lui valut de la part des chanoines des persécutions et de nombreux procès. On dit même qu’un jour ils le précipitèrent dans un puits

Il se réfugia alors à Tourtouse où il fit construire en contrebas de la roque un « château » résidentiel, vaste et sévère demeure, qu’il orna de meubles précieux, de tentures de cuir et de haute lisse, de tableaux et de pièces d’orfèvrerie, aimant mieux vivre seul avec des paysans qu’à Saint-Lizier avec de tels chanoines. Il s’employa aussi à transformer l’environnement, qu’il s’agisse du grand jardin établi le long de la rivière, enclos de murailles, avec à un bout un vivier et à l’autre un pavillon qui existe toujours et où il allait, l’été, se retirer pour prier ; ou de l’esplanade arborée gagnée sur le cours du Lens au sud-est.

Sur la roque, il réédifia l’église qu’il avait trouvée ruinée, avec sa chapelle nord-ouest et sa crypte aux culots sculptés de remarquables visages. Sans doute lui doit-on aussi le clocher polygonal ancré sur les restes de la tour romane consolidée par des contreforts et d’énormes maçonneries.

Plan du site

Contreforts de la tour-clocher

 

Gravement malade, il renonça à son évêché en 1642 et se retira à la Chartreuse de Toulouse où il mourut dans la nuit du 2 au 3 février 1645. Contrairement à son désir, son corps ne fut pas ramené à Tourtouse, mais sa dalle funéraire se trouve toujours dans l’église

 

Façade de l’église

Clef de voûte de la crypte

Culot de la crypte

 

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